ASBL et politiques : entre pouvoir et contre-pouvoir

28 février 2012
Par / publié dans Reportage

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Les ASBL entretiennent toutes un lien, qu'il soit direct ou indirect, avec le monde politique. Ce lien se justifie d'abord par leur dépendance aux subsides de la sphère politique. Ensuite, la majorité des ASBL tente de palier à un manque d'investissement des politiques dans le monde culturel. Mais quel genre de relations les ASBL et le monde politique bruxellois entretiennent-ils ? Sabine Deville, présidente de l'ASBL "Culture et Démocratie" nous dépeint ce rapport complexe.

Habituée à ce genre d'exercice, Sabine Deville nous accueille avec sérénité. La présidente de l'ASBL "Culture et Démocratie" examine sans cesse la relation entre la culture et le monde politique bruxellois. L'ASBL centralise un nombre important de réseaux culturels. Initialement, "Culture et Démocratie"  s'est basée sur l'idée de culture comme "forme de création". Une créativité qui s'exprime de différentes manières, aussi bien à travers la musique que la peinture.

Les subsides correspondent-ils aux besoins des ASBL culturelles? Le constat a été sans appel : l'intérêt politique pour la culture laissait à désirer. Or, selon Sabine Deville, «une société dans laquelle la culture n'est pas prise en compte est une société en péril. Donc notre interlocuteur premier, c'est le politique».

Or, la politique culturelle tendrait à favoriser davantage les événements culturels lucratifs attirant les foules. Selon certains acteurs culturels bruxellois, la culture est de plus en plus envisagée comme un bien matériel. Cela s'illustre par l'augmentation des prix des entrées aux musées ou encore la vente ou la location de patrimoines artistiques menées par des personnes ne disposant pas du titre de "Conservateur de musées". Sabine Deville estime qu'il faut «avoir une très grande vigilance sur le problème de la marchandisation».

Un engagement politique insuffisant

En outre, le sujet qui suscite un débat houleux repose sur la question de la culture dans l'enseignement.  Les ASBL culturelles estiment  que la culture se révèle aussi importante dans un cursus scolaire que les mathématiques ou les sciences. Cependant les cours  dispensés dans les établissements scolaires accusent une cruelle pauvreté en terme de programmes culturels. C'est ainsi que fin 2010, et pendant l'année 2011, le réseau "Culture et Enseignement" a organisé six tables rondes autour de l'intégration de la culture au sein de l'enseignement. Suite à ces débats, des conclusions, des recommandations urgentes ainsi que des commentaires types ont été rédigés et adressés directement au gouvernement régional bruxellois. Ce rapport à la culture dans l'enseignement belge se révèle, selon "Culture et Démocratie", totalement insuffisant.

En dépit des critiques que peuvent formuler les associations envers les  dirigeants, ils entretiennent finalement d'assez bonnes relations. «Le politique en Belgique est suffisamment mature pour accepter une parole critique de notre part». Le Parlement bruxellois organise une fois par semaine, des "matinées ouvertes aux associations", au cours desquelles elles exposent leurs activités et émettent leurs suggestions et réserves. Récemment, "Culture et démocratie" a profité d'un de ces évènements pour inviter Patrice Meyer-Bish, analyste des droits culturels, qui a tenu un discours très critique sur la problématique de l'applicabilité des droits culturels en Europe. «D'une part nous sommes en contact avec le monde politique, mais cela n'interdit pas que nous soyons dans un exercice critique contradictoire. C'est justement cela qui est intéressant. Nous sommes sévères et nous disons haut et clair ce que nous pensons, mais le politique prend ce qu'il veut».

Relations "un peu schizophréniques"

"Culture et Démocratie" s'est récemment associée de façon très concrète au collectif "Musée sans musée" pour s'insurger contre la fermeture du Musée d'Arts Modernes. Dans le cadre de sa démarche, l'ASBl a pu remarquer que Paul Magnette, le ministre en charge de cette institution, a tenu compte de leurs démarches et de leurs propositions. «J'ai le sentiment qu'on est pas complètement dans un dialogue de sourds, ni face à un mur. Nous sommes dans un jeu qui se passe dans un espace de délibération et de discussion relativement correct».

Les relations qu'entretiennent les ASBL avec les politiques sont donc toutes particulières. «Notre préoccupation est de ne pas être dans un combat contre, mais bien dans un combat pour, qui oblige à construire de la réponse et de la proposition». Le fait que le pouvoir politique finance les associations rend leur relation "un peu schizophrénique", où d'une part, la mission des ASBL consiste à effectuer un travail critique, mais d'autre part, elles sont structurellement liées au gouvernement régional en bénéficiant de leurs subsides. «L'essentiel de nos moyens de fonctionnement viennent du politique». Sabine Deville estime que son ASBL est un membre à part entière dans l'échiquier du jeu politique, se considérant de ce fait comme une forme de mouvement citoyen, un contre-pouvoir dont le seul objectif consiste à améliorer l' améliorable.

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