La sécurité à l'ULB : une vigilance de tous les instants

4 mai 2012
Par / publié dans Reportage

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Ils sont les yeux et les oreilles de l'Université Libre de Bruxelles (ULB). Qu'ils soient gardiens, maîtres-chiens ou concierges, leur présence se fait discrète sur le campus. Pourtant, leur travail est bien réel, et même indispensable au bon fonctionnement de l'université bruxelloise. Plongée nocturne dans l'univers du gardiennage.

23H45. Alors que la nuit noire prend ses quartiers sur le site du Solbosch, nous attendons aux logements des Courses l'agent de sécurité que nous allons "pister" durant une bonne partie de la nuit. En effet, depuis quelques années, des agents de sécurité privés sont venus se greffer aux employés "maison" - les "rouges", anciennement "bleus" et plus connus sous le nom de "schtroumpfs". Seul mot d'ordre : assurer un service de surveillance sans interruption. Car si de minuit à cinq heures du matin, le campus tourne au ralenti, les bâtiments doivent être régulièrement inspectés pour prévenir tout risque de problème. Voilà en substance le travail de David Croce, agent de sécurité chez Seris. Cette société de surveillance a repris le flambeau de Securitas, il y a quelques années  déjà. L'objectif de cette agence de sécurité est d'assurer la jonction entre les différents services de l'ULB et de permettre la continuité de la vie universitaire.

Gardien de nuit: un métier humain

Minuit. La silhouette du gardien se dessine au loin, en amont de la rue des Courses. Muni d'un "bippeur", d'un talkie-walkie et d'un trousseau de clés, David travaille depuis près de quatre ans à l'ULB. Un job qu'il apprécie et auquel il semble s'adapter sans problème. Sa formation? Pareille à celle de tous les entrants dans le métier. "Pendant un mois, j'ai reçu une formation de gardiennage en fonction des critères de la loi Tobback."

Cette loi, du ministre du même nom, établit l'obligation de formation pour les aspirants gardiens en vue de l'obtention d'un certificat de compétence. Il y a d'abord des conditions préalables pour devenir gardien. Il faut 18 ans accomplis, un certificat de bonne vie et mœurs et un casier judiciaire vierge. Ces critères remplis, l'aspirant reçoit alors une formation au métier. Concrètement, il s'agit "de cours pour savoir comment intervenir, de techniques de self-defense et de premiers soins, de culture générale, de droit...", précise David. Et l'aptitude physique? "Il n'y a pas de critères de condition physique...", explique-t-il. Assez interpellant pour une fonction où le physique semble jouer une part prépondérante.

David Croce, lors de son passage devant la bibliothèque des sciences humaines. -Crédit: Omer Urat

La ronde continue pour David. Les 75 kilomètres depuis son domicile n'ont pas l'air de le fatiguer outre mesure. Après la vérification de la résidence Mandela ( les "Courses"), l'arrêt suivant est le R42, le nouveau bâtiment Solvay. L'agent n'entre pas dans le bâtiment, cela ne fait pas partie de ses responsabilités. Il n'est pas habilité à entrer dans les bâtiments, sauf en cas de force majeure, et en alertant le dispatching au préalable.

Le dispatching, passage obligé avant toute initiative

Situé dans un bâtiment qui ne paye pas de mine au bout de l'avenue Buyl, le dispatching permet d'avoir un œil sur une grande partie du site ixellois. Le campus du Solbosch est un espace privé ouvert au public. Il dispose d'une position particulière au sein d'Ixelles, à deux pas du Cimetière et du Bois de la Cambre. Ces caractéristiques, considérées comme des atouts du point de vue estudiantin, se révèlent un casse-tête en terme de gardiennage. Contrairement aux rondes dans les entreprises, les gardiens doivent ici jongler avec toute une population inhabituelle. Impossible (et impensable) de fermer le campus au public pendant la nuit. Et si l'affluence diminue fortement une fois la nuit tombée, il est commun de croiser encore des groupes de personnes jusqu'aux petites heures de la nuit.

Minuit quart. Après avoir marqué son passage grâce au "bippeur", nous marchons le long du boulevard Général Jacques, l'occasion pour le garde d'évoquer son métier. Depuis son entrée en fonction, il assure la garde de nuit à l'ULB, au Solbosch et quelquefois à la Plaine. Pour le TD (soirées estudiantines)? "Non, ce sont généralement d'autres collègues qui s'en chargent. Moi, ce n'est pas trop mon truc. Je préfère de loin m'occuper du Solbosch, ce n'est pas facile d'intervenir dans un environnement comme le TD . Beaucoup de gens sont dans des états d'ébriété avancée et sont plus difficiles à raisonner. Enfin, ici, c'est parfois pas mal non plus..." Il est vrai qu'avec une bonne dizaine de cercles folkloriques présents sur le site du Solbosch, ce ne sont pas les opportunités de dérapages alcoolisés qui manquent.

En passant par le foyer, David constate que deux des portes extérieures n'ont pas été correctement fermées. Un contact avec le dispatching pour les ré-ouvrir et le problème est vite réglé.  La nuit, seulement trois personnes sont chargées des rondes sur le Solbosch, dont deux maîtres-chiens accompagnés d'un berger malinois. Une équipe sous la direction de Michel Jacobs, responsable de la surveillance générale depuis deux ans. Il s'occupe de la coordination des équipes, tout en gardant également un œil sur l'embauche des gardiens des sociétés privées. En tout, ce sont septante personnes qui s'occupent de la sécurisation des divers sites de l'ULB, comprenant le Solbosch, La Plaine, Erasme, ou encore Gosselies.

L'université n'échappe pas à la recrudescence de la criminalité dans la capitale. "En moyenne, en 2010, un vélo était volé par jour sur les campus", rappelle Michel Jacobs. Pour inverser cette tendance, un parking vélo sécurisé a été mis en place à l'entrée du campus. Ce n'est pas tout: le nombre de caméras a été revu à la hausse. Toutes les caméras sont centralisées au dispatching de l'ULB. "Les images sont stockées pendant 28 jours", nous assure le responsable. Au-delà de cette période, les images sont détruites: la législation en matière de surveillance vidéo se montre assez claire sur ce point. Afin de respecter la vie privée, l'accès aux enregistrements est restreint. " Seuls les responsables de surveillance générale, dont un collègue et moi-même faisons partie, y ont accès." L'ULB travaille en collaboration avec les services de police et ces derniers peuvent exiger d'obtenir des images en cas de plainte. Ainsi, une personne victime d'un délit doit d'abord porter plainte à la police. Cette dernière introduit alors une demande pour obtenir les vidéos en question.

"Ne surtout pas jouer au cow-boy"

David Croce n'a jamais véritablement été confronté à des situations risquées pour sa sécurité. "Il faut savoir faire preuve de psychologie dans les rapports avec les autres. Il ne faut surtout pas jouer au cow-boy et foncer sans réfléchir. C'est important de garder la tête froide et d'évaluer correctement les situations qui se présentent." Car malgré son apparence décontractée, l'agent de sécurité doit faire preuve d'un professionnalisme à toute épreuve : "On ne rigole pas avec la sécurité."

La suite de l'activité de David consiste à passer dans les logements de l'ULB pour fermer les communs et vérifier l'état des bâtiments. Étage par étage, bâtiment par bâtiment, il continue inlassablement son travail de vérification, fait de routines répétées mais néanmoins nécessaires. Lors de ses rondes, il débranche parfois certains appareils laissés allumés par les étudiants. "Un appareil laissé sous tension peut très vite engendrer un feu... Certains étudiants râlent parfois, ils ne comprennent pas que je fais ça pour leur sécurité. Mais dans la majorité des cas, le contact se passe bien."

Lors de la vérification de la résidence Elio Conte. - Crédit: Omer Urat

Deux heures du matin. Après avoir inspecté les résidences Elio Conte et Lucia de Brouckère, David rejoint son local situé à l'avenue Héger où il attendra son prochain tour de garde. À quelques mètres du Campouce (restaurant universitaire), deux personnes apparemment ivres discutent, un verre à la main. Ne créant a priori aucun problème, l'agent de sécurité ne leur accorde qu'un bref regard. "Au début, j'essayais d'intervenir assez souvent. C'est vrai que je n'avais pas non plus l'habitude d'être confronté à autant de gens. Après, j'ai appris à faire la différence entre les comportements et à intervenir quand c'est vraiment nécessaire". La discrétion: une qualité importante. Rien ne sert de perturber inutilement la quiétude du campus. La majorité des interventions se limitent à la constatation et au rapport d'éventuels problèmes sur le campus. Un rôle assez passif qui requiert quand même des qualités d'écoute et d'observation.

Sa première ronde finie, David continue néanmoins à inspecter les allers et venues sur les écrans de contrôle sous sa responsabilité. C'est là qu'il y a quelques mois, il a remarqué une étudiante qui semblait en difficulté. "Elle était inconsciente sur mon écran de contrôle. J'ai été voir ce qu'il se passait. Heureusement que je l'ai remarquée, elle était en train de faire un coma éthylique." Les agents veillent aussi sur la communauté estudiantine, ce coté humain fait également partie intégrante de leur métier.

Le "rouge", plus qu'un surveillant

En journée. La présence massive de personnes sur le campus amène avec elle son lot de nouvelles tâches. Les "rouges", gardiens employés par l'ULB, prennent alors le relais des compagnies privées. En plus d'effectuer une surveillance "normale", ils guident les étudiants perdus ou gèrent les problèmes de parking. Sabri Talbi, agent depuis plus de trois ans, veille sur le campus Solbosch en fin de journée. "La plupart du temps, j'agis de ma propre initiative. Je me dirige vers des personnes qui semblent être perdues ou qui ont besoin de parler... Je suis aussi concierge: je passe donc tout mon temps au sein de la communauté Ulbiste, c'est assez différent d'un garde qui travaille pour une société privée et qui ne vient que la nuit". Un travail dont l'aspect psychologique est plus facilement visible.

Contrairement au travail de nuit, en journée le campus est fortement animé. Pourtant, Sabri se veut rassurant: "Je n'ai jamais eu de problème jusqu’à présent. Notre premier travail, c'est d'observer et de rapporter. J'ai sur moi une radio pour prévenir le dispatching de l'ULB et un "homme mort". Il s'agit d'un petit GPS muni d'un micro relié directement à un dispatching indépendant, qui nous localise et appelle immédiatement la police. Mais c'est seulement en cas d'extrême urgence."

Si au premier abord, le gardiennage peut paraître comme une activité d'intervention, il se révèle dans la pratique beaucoup plus varié et psychologique que prévu. La décision prise il y a quelques années de conserver les agents statutaires de l'ULB pour le gardiennage en journée va dans ce sens. Car après ce tour d'horizon du gardiennage ulbiste, un constat s'impose: l'efficience du gardien ne se mesure pas à sa capacité à intervenir, mais plutôt à son analyse pertinente des situations qui se présentent à lui. Les interactions du gardien avec son environnement et ses connaissances du milieu restent à ce titre les meilleures armes dont il dispose.

 

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One Response to La sécurité à l'ULB : une vigilance de tous les instants

  1. [...] à des agents de gardiennage du milieu privé, les gardiens de la paix sont assermentés pour demander la carte d'identité. «Depuis 2007, [...]

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